La tapisserie de Bayeux

Une visite à la tapisserie de Bayeux (Calvados, France), appelée aussi tapisserie de la Reine Mathilde vaut certainement le déplacement et largement son écot d’entrée. Sa présentation dans un long corridor obscur spécialement conçu offre au visiteur qui s’y présente un merveilleux voyage dans le temps, tout en lui permettant d’apprécier le génie des concepteurs et des réalisateurs de cette tapisserie.

En fait de tapisserie, il s’agit plutôt d’une broderie à l’aiguille sur toile de lin avec des laines de quatre couleurs différentes en huit teintes. Les huit morceaux qui la composent créent une séquence de 69,55 m de long sur 48 à 51cm de large. La légende place sa réalisation sous les doigts de Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant, Duc de Normandie et Roi d’Angleterre, mais elle fut très probablement commandée au XIe siècle par Odon de Contenville, évêque de Bayeux (et demi-frère de Guillaume) à des brodeurs Saxons pour orner la cathédrale qu’il venait de construire.
Le fait que ce chef d’œuvre médiéval soit arrivé intact à ce jour relève du miracle si l’on songe à toutes les turbulences qu’il a dû traverser au cours de son quasi-millénaire d’existence. Plus près de nous, les plages du débarquement de Normandie de juin 1944 sont seulement à quelques kilomètres et le moins que l’on puisse dire est que cela castagnait ferme à l’époque dans les parages. Bayeux fut la première ville libérée par les armées alliées.
La Tapisserie, maintenant légèrement brunie par l’âge, est non seulement un chef d’œuvre d’art roman en soi, mais aussi une source importante pour l’histoire du onzième siècle, notamment pour ce qui concerne l’équipement et les tactiques militaires. C’est probablement la pièce la plus précise qu’ait léguée le Moyen-Âge sur les costumes, les navires, les armes et aussi les mœurs de l’époque.
Elle relate en soixante-douze scènes la rivalité pour la succession d’Édouard, Roi d’Angleterre, entre Harold (son beau-frère) et Guillaume. Elle débute par l’envoi d’Harold en France par Édouard qui, sentant sa fin venir et n’ayant pas d’héritier, veut faire savoir à Guillaume qu’il le désigne comme successeur. Elle se termine par la déroute de l’armée anglaise à Hastings en 1066, permettant à Guillaume de devenir le Conquérant et de monter sur le trône d’Angleterre.
Ce serait presque manquer de respect que de qualifier cette broderie de bande dessinée d’avant-garde, mais on ne peut qu’être impressionné par la clairvoyance des commanditaires, le réalisme et la qualité des artistes, appliquant, bien avant la mode actuelle, des techniques de BD évoluées : enchaînement de saynètes, commentaires intégrés, adjonction de décorations en bordures supérieure et inférieure de la séquence principale qui sont eux-mêmes autant d’éléments informatifs complémentaires. Les statistiques mentionnent quelque 626 personnages, 202 montures (chevaux ou mulets), 55 chiens, plus de 500 autres animaux, 37 édifices, 41 vaisseaux et barques et ... 49 arbres.

Malgré l’inévitable épaisseur des fils de laine utilisés, on reste admiratif devant la finesse de certaines expressions et devant les instantanés de certaines situations que l’on qualifierait de nos jours de véritables arrêts sur image.
La broderie de Bayeux reproduit en sa planche 32 une comète précédée de l’inscription ‘isti mirant stella’ (‘ils observent l’étoile’ ) qui fut interprétée par les astrologues d’Harold comme un mauvais présage à la veille de l’affrontement de Hastings. Cette comète qui alarma la cour saxonne n’était autre qu’une des apparitions de la fameuse « comète de Halley », astre périodique (environ tous les 75 ans) dont la dernière visite dans nos cieux remonte à une dizaine d’années.

 

Retour au sommaire général